samedi, 17 novembre 2018
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Le croque-mitaine (« O bicho papao »)

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Un conte de Dinah RIBEIRO de AMORIM inspiré de la tradition populaire, traduit du brésilien par Viviane LEVY-CRETEL et adapté par Stéphane JORET.

Quand je veux jouer seul, Madame Zézé, la servante de la maison me met toujours en garde : « C’est dangereux, le croque-mitaine pourrait t’emporter ! Cet affreux mangeur d’enfants est capable d’apparaître partout et à tout moment, alors ne reste jamais isolé ! ».

Vorace, laid avec un gros nez au centre de sa face méchante, des habits sales qui traînent par terre, un grand sac plein d’enfants sur le dos, voilà l’horrible personnage dont on m’a tant parlé. En plus de me terroriser, il a longtemps stimulé ma curiosité et mon imagination. Hier encore, je me sentais plus peureux que curieux mais, ce matin, maman et Madame Zézé ont vraiment exagéré : « Ne joue pas avec le petit voisin, le croque-mitaine pourrait vous surprendre ! ». C’en était trop alors, doucement, j’ai ouvert la porte de la maison et je suis sorti seul.

Ne voyant personne, j’ai d’abord hésité à me lancer, puis, enhardi après quelques pas, je suis allé jusqu’au coin de la rue. Quelle aventure, mon cœur battait si fort que je pouvais l’entendre ! Soudain, apparut au loin un très vieux monsieur. Une canne à la main, un sac sur l’épaule, il marchait en traînant la jambe. Immédiatement, je me suis dit : « C’est le croque-mitaine ! Son sac doit être plein d’enfants qu’il attrape avec sa canne ! ».

Pris de panique, je trébuchai en voulant m’enfuir. Mes genoux écorchés se mirent à saigner et moi à pleurer. Le temps que je reprenne mes esprits, le vieil homme m’avait presque rejoint. De près, je le trouvai encore plus laid et plus crasseux. Ma peur se transforma en terreur lorsque je compris que ma maison était trop loin pour que je puisse échapper au vieillard.

M’attendant à recevoir un coup de canne, je fus étonné par la douceur de son regard et de sa voix : « Mon pauvre petit, tu as dû te faire mal. Donne-moi la main pour que je t’aide à te relever ». Un peu hésitant, je glissai ma petite main dans la sienne.

- Tu es bien jeune pour jouer seul dans la rue. Ce n’est pas prudent, des gens pourraient te faire du mal.

Je le regardai attentivement. Ce vagabond avait tout l’air d’un homme bon. Sa présence paisible me rassura.

- Où habites-tu, demanda-t-il ?
- Là-bas, montrai-je.
- Viens, je te raccompagne chez toi. Tu sais, c’est précieux une maison. Quand on la perd, on se retrouve comme moi, affamé et sale, à marcher au hasard sans savoir où se reposer.
- Qu’avez-vous dans votre sac ?
- De vieux habits et de la nourriture que je trouve.

Quand nous fûmes tout près de chez moi, maman et Madame Zézé nous aperçurent. Elles accoururent aussitôt et m’embrassèrent en regardant le vieil homme avec méfiance.

- Ce n’est pas le croque-mitaine mais un vieux monsieur gentil. Il m’a raccompagné parce que je me suis fait mal en tombant. Il m’a aidé et je crois que lui aussi a besoin d’aide.

Comprenant sa situation, maman lui apporta une part de déjeuner et l’installa à la table du jardin. Il y resta assis des heures, se reposant un peu de cette triste vie d’un homme sans chemin. Avec innocence, je l’ai longuement observé depuis la fenêtre du salon, et j’ai découvert un nouveau monde.

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